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Ce fut à Montpellier, un très grand procès. A cause, bien sûr, du renom de la morte, mais surtout parce que le problème de la responsabilité médicale, qui nous concerne tous, allait être publiquement posé.
Extrait du “Nouvel Observateur” 10-16 juin 1988 “Anesthésie : faut-il avoir peur ?” C’est pourquoi on distingue le simple réveil anesthésique, quand l’opéré recommence à respirer seul, du réveil médico-légal, qui correspond au moment où l’on est sûr qu’il a évacué suffisamment de produits toxiques pour ne plus courir aucun risque. Entre-temps, il doit être maintenu dans une salle dite “de réveil” et surveillé en permanence par l’anesthésiste avec autant de soin que pendant l’opération. Du moins en théorie. Car un des malheurs de l’anesthésie, en France, est la distance qu’il peut y avoir entre la théorie et la pratique. “En toute justice, il faudrait élever un monument à Albertine Sarrazin”, déclare le Docteur Gérard Chapus, secrétaire général du Syndicat national des Anesthésiologistes-Réanimateurs français. Le 10 juillet 1967, la romancière devait subir l’ablation d’un rein. Elle meurt sur la table d’opération, d’un arrêt du coeur. Elle était fragile, minée par la tuberculose, mal remise d’une précédente opération. Mais, de nos jours, ce ne sont plus des excuses. L’anesthésiste dispose d’une gamme très large de produits, qui lui permettent de faire face à toutes les situations. Il peut ajuster sa stratégie à la durée et à la gravité d’une intervention, à l’âge et à l’état du malade, tenir compte des susceptibilités individuelles. A condition de connaître son métier. L’anesthésie d’Albertine Sarrazin avait été conduite en dépit du bon sens, ainsi que devait le révéler l’enquête. Après six ans de procédure, les juges de la cour d’appel de Toulouse ont donc finalement condamné l’anesthésiste. Pour sa légèreté. Mais aussi, et solidairement, le chirurgien, pour avoir fermé les yeux. Décision capitale, qui allait changer la vie des hôpitaux et cliniques de France. Les chirurgiens, tous les chirurgiens et pas seulement les grands patrons des services de pointe, avaient désormais un intérêt personnel et direct à prendre au sérieux l’anesthésie et ses problèmes."
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| Le Procès |
